Les Venture Studios comme nouvelle classe d'actifs : vers un modèle Asset-Backed ?

Introduction : Une révolution silencieuse dans l'investissement

L'univers du capital-investissement traverse une transformation profonde. Alors que le venture capital traditionnel fait face à des rendements de plus en plus difficiles à maintenir et à une concurrence exacerbée, une nouvelle catégorie d'investissement émerge : les venture studios en tant que classe d'actifs distincte. Plus remarquable encore, certains acteurs pionniers explorent la possibilité de structurer ces studios selon un modèle asset-backed, créant ainsi un pont inédit entre l'innovation entrepreneuriale et la finance structurée.

Cette évolution pourrait redéfinir fondamentalement la manière dont les investisseurs institutionnels, les family offices et les gestionnaires d'actifs appréhendent le financement de l'innovation. En transformant les venture studios de simples véhicules opérationnels en véritables plateformes d'actifs valorisables et potentiellement liquides, ce mouvement ouvre des perspectives fascinantes pour la démocratisation de l'investissement dans l'entrepreneuriat technologique.

Les venture studios : au-delà du simple modèle opérationnel

Une infrastructure créatrice de valeur

Les venture studios ne sont pas de simples incubateurs ou accélérateurs. Ils constituent des machines industrielles de création d'entreprises, dotées d'une infrastructure substantielle comprenant des équipes permanentes de designers, développeurs, product managers, experts marketing et spécialistes du recrutement. Cette infrastructure représente en elle-même un actif tangible, un capital opérationnel déployable sur demande.

Contrairement aux fonds de venture capital qui détiennent principalement des participations minoritaires dans des entreprises qu'ils n'ont pas créées, les venture studios possèdent généralement entre 30% et 70% des ventures qu'ils lancent. Cette structure de propriété transforme fondamentalement la nature de leur portefeuille, créant un ensemble d'actifs sur lesquels le studio exerce un contrôle significatif et une influence opérationnelle déterminante.

Un portefeuille d'actifs diversifiés

Le portefeuille d'un venture studio mature comprend plusieurs catégories d'actifs distincts qui, ensemble, constituent une proposition de valeur unique pour les investisseurs.

Les ventures en phase de construction représentent le pipeline actif du studio. Ces entreprises, généralement au nombre de trois à huit simultanément selon la taille du studio, consomment des ressources mais constituent le futur du portefeuille. Bien que leur valorisation soit encore modeste, elles incarnent le potentiel de création de valeur à court et moyen terme.

Les ventures établies ayant atteint le product-market fit et générant des revenus récurrents constituent la partie la plus valorisable du portefeuille. Ces entreprises peuvent être évaluées selon des métriques conventionnelles comme les multiples de revenus annuels récurrents, rendant leur valeur plus tangible et défendable auprès d'investisseurs traditionnels.

La propriété intellectuelle développée par le studio et partagée entre plusieurs ventures représente un actif souvent sous-évalué. Les frameworks technologiques, les composants réutilisables, les méthodologies propriétaires et même les données agrégées constituent un patrimoine immatériel significatif.

Les talents et l'équipe du studio, bien que non comptabilisables au bilan selon les normes comptables traditionnelles, représentent un capital humain exceptionnel dont la valeur est reconnue par les acquéreurs potentiels et les investisseurs avisés.

Le concept d'Asset-Backed appliqué aux venture studios

Définition et transposition

Le financement asset-backed repose traditionnellement sur l'adossement d'instruments financiers à des actifs tangibles : créances hypothécaires, prêts automobiles, revenus futurs ou équipements. L'application de ce concept aux venture studios requiert une réinterprétation créative adaptée aux spécificités de l'innovation entrepreneuriale.

Dans ce contexte, un venture studio asset-backed structurerait son financement en garantissant ses obligations par les actifs de son portefeuille : les participations dans les ventures, les flux de revenus générés par les entreprises matures, les actifs intellectuels valorisables, et potentiellement les infrastructures opérationnelles elles-mêmes.

Les mécanismes de valorisation

La valorisation des actifs d'un venture studio présente des défis uniques qui nécessitent des méthodologies sophistiquées combinant plusieurs approches.

La valorisation par les revenus s'applique aux ventures générant des flux de trésorerie prévisibles. Les entreprises SaaS avec des modèles d'abonnement récurrents peuvent être valorisées selon des multiples sectoriels, généralement entre 5x et 15x l'ARR selon le taux de croissance, le churn et les marges.

La valorisation par comparables utilise les transactions récentes dans des secteurs similaires pour estimer la valeur des ventures à différents stades. Cette méthode s'appuie sur les levées de fonds effectuées par des entreprises comparables ou sur les acquisitions dans l'industrie.

La valorisation actuarielle applique des modèles probabilistes pour estimer la valeur attendue du portefeuille en tenant compte des taux d'échec historiques, des distributions de rendements et des probabilités de sorties à différents multiples.

L'approche par options réelles reconnaît que chaque venture représente une option d'expansion dans un marché donné, dont la valeur peut être modélisée selon des frameworks dérivés de la finance quantitative, particulièrement pertinents pour les ventures en phase très précoce.

Les avantages d'un modèle asset-backed pour les venture studios

Accès à de nouvelles sources de capital

La structuration asset-backed ouvre l'accès à des catégories d'investisseurs traditionnellement exclues du venture capital pur. Les fonds de dette, les investisseurs institutionnels recherchant des rendements ajustés au risque moins volatils, et même certains véhicules d'investissement retail pourraient participer au financement des venture studios via des instruments structurés adossés à leurs actifs.

Cette démocratisation du financement élargit considérablement le bassin de capitaux disponibles. Plutôt que de dépendre exclusivement des limited partners traditionnels du venture capital, les studios peuvent lever des financements auprès de banques d'investissement, de gestionnaires d'actifs alternatifs et d'investisseurs cherchant une exposition mesurée à l'innovation technologique.

Réduction du coût du capital

Le financement asset-backed, correctement structuré, présente un profil risque-rendement potentiellement plus attractif que le capital-risque pur. En segmentant le portefeuille du studio et en créant des tranches de financement avec différents niveaux de séniorité et de protection, il devient possible d'attirer des capitaux à des coûts inférieurs.

Les tranches senior, bénéficiant d'une priorité sur les cash-flows et adossées aux ventures les plus matures, pourraient offrir des rendements dans une fourchette de 8% à 12%, significativement inférieurs aux 20% à 30% typiquement attendus par les investisseurs en venture capital. Cette réduction du coût du capital améliore la rentabilité globale du studio et augmente les ressources disponibles pour financer la croissance des ventures.

Création de liquidité intermédiaire

L'un des défis majeurs du venture capital réside dans l'illiquidité prolongée des investissements. Les limited partners attendent généralement sept à dix ans avant de voir des retours substantiels. Un modèle asset-backed pourrait créer des opportunités de liquidité intermédiaire via la titrisation de portions du portefeuille ou la création de marchés secondaires pour les instruments adossés aux actifs du studio.

Cette liquidité accrue rendrait l'investissement dans les venture studios plus attractif pour une catégorie plus large d'investisseurs et permettrait au studio lui-même de recycler le capital plus efficacement, réinvestissant les gains dans de nouvelles ventures sans attendre les cycles de sortie complets.

Discipline financière et transparence

La structuration asset-backed impose une rigueur financière et une transparence accrues. Les studios doivent développer des systèmes de reporting sophistiqués, des méthodologies de valorisation défendables et des mécanismes de gouvernance robustes pour satisfaire les exigences des prêteurs et des investisseurs en instruments structurés.

Cette discipline, bien que contraignante, améliore la gestion globale du studio et renforce la confiance des parties prenantes. Elle force également une allocation plus rigoureuse du capital entre les différentes ventures, favorisant les projets démontrant le meilleur potentiel risque-rendement.

Les défis et risques du modèle asset-backed

La complexité de valorisation des actifs précoces

La valorisation des ventures en phase très précoce demeure fondamentalement subjective et volatile. Contrairement aux actifs traditionnels adossant les financements structurés, une startup pré-revenu ne génère aucun flux de trésorerie et sa valeur repose entièrement sur des projections incertaines.

Cette incertitude crée un décalage potentiel entre la valorisation nécessaire pour structurer le financement et la réalité économique des ventures. Une surestimation systématique pourrait conduire à des défauts si les ventures ne délivrent pas les performances anticipées, tandis qu'une sous-estimation pénaliserait les retours potentiels.

La corrélation entre actifs du portefeuille

Un portefeuille de venture studio présente souvent des corrélations significatives entre ses composantes. Les ventures partagent fréquemment des technologies communes, opèrent dans des secteurs liés et dépendent de l'infrastructure centralisée du studio. Cette interdépendance limite les bénéfices de la diversification et amplifie les risques systémiques.

En période de difficultés macroéconomiques ou sectorielles, l'ensemble du portefeuille pourrait être affecté simultanément, contrairement à l'hypothèse d'indépendance qui sous-tend généralement les modèles de financement structuré. Cette corrélation augmente le risque de défaut sur les instruments asset-backed.

Les contraintes opérationnelles

Les covenants associés au financement asset-backed pourraient restreindre la flexibilité opérationnelle essentielle au succès d'un venture studio. Des limitations sur les dépenses d'investissement, des ratios financiers à maintenir ou des obligations de performance pourraient contraindre la capacité du studio à pivoter rapidement ou à investir massivement dans des opportunités émergentes.

Cette tension entre discipline financière et agilité entrepreneuriale doit être soigneusement gérée. Un cadre trop rigide étoufferait l'innovation, tandis qu'une structure trop permissive diluerait les protections des investisseurs en dette.

Les questions réglementaires

Le financement asset-backed de venture studios soulève des questions réglementaires complexes, particulièrement dans les juridictions où les activités de venture capital sont régulées. La création d'instruments financiers structurés adossés à des participations dans des startups pourrait nécessiter des enregistrements auprès de régulateurs financiers, imposer des obligations de reporting étendues et créer des responsabilités légales significatives.

La clarification du statut réglementaire de tels instruments et la navigation dans les différents cadres juridiques nationaux représentent des défis substantiels pour les pionniers de ce modèle.

Les précédents et initiatives existantes

Les fonds de venture debt

Le venture debt, bien qu'imparfait, offre un précédent pertinent. Ces fonds prêtent aux startups ayant levé du venture capital, en utilisant comme collatéral implicite la capacité de la startup à lever des tours suivants et la valeur de ses actifs intellectuels. Certains prêteurs structurent leurs facilities en adossant spécifiquement le crédit aux revenus récurrents ou aux actifs tangibles de l'emprunteur.

Cette industrie, qui représente désormais plusieurs dizaines de milliards d'euros à l'échelle mondiale, démontre qu'il existe un appétit significatif pour des instruments de dette liés à l'écosystème startup, même en l'absence de garanties traditionnelles.

Les plateformes de Revenue-Based Financing

Des plateformes comme Pipe, Clearco ou Capchase ont créé des marchés où les revenus récurrents futurs de startups SaaS sont titrisés et vendus à des investisseurs. Ce modèle représente une forme de financement asset-backed spécifiquement adaptée aux entreprises technologiques, démontrant la faisabilité de l'approche.

Un venture studio possédant un portefeuille de ventures SaaS générant collectivement plusieurs millions d'euros d'ARR pourrait théoriquement titriser une portion de ces revenus futurs, créant ainsi un instrument liquide adossé aux performances de son portefeuille.

Les initiatives de tokenisation

Certains studios explorent la tokenisation de leurs ventures via la blockchain, créant des tokens représentant des fractions de propriété dans le portefeuille global ou dans des ventures spécifiques. Ces tokens pourraient être négociés sur des plateformes d'échange décentralisées, créant une forme de liquidité et permettant une distribution plus large de la propriété.

Bien que ces initiatives demeurent largement expérimentales et confrontées à des incertitudes réglementaires majeures, elles illustrent l'exploration active de nouveaux modèles de structuration et de financement.

Architecture possible d'un venture studio asset-backed

Structure de capital multi-tranches

Un modèle asset-backed sophistiqué pourrait segmenter le capital du studio en plusieurs tranches correspondant à différents profils risque-rendement.

La tranche equity représenterait le capital le plus risqué, détenu par les fondateurs du studio et les investisseurs en capital-risque traditionnels. Cette tranche absorberait les premières pertes mais bénéficierait également de tout le upside au-delà des rendements promis aux tranches de dette.

La tranche mezzanine offrirait un profil intermédiaire, combinant caractéristiques de dette et d'equity. Elle pourrait prendre la forme de dette convertible ou de preferred equity avec des rendements préférentiels, offrant des rendements cibles de 12% à 18% avec une protection partielle contre les pertes.

La tranche senior bénéficierait d'une priorité absolue sur les cash-flows générés par le portefeuille mature. Adossée spécifiquement aux ventures générant des revenus récurrents, elle offrirait des rendements plus modestes de 8% à 12% mais avec une volatilité et un risque de perte significativement réduits.

Mécanismes de protection et de surveillance

Des mécanismes robustes de protection des créanciers seraient essentiels. Ceci pourrait inclure des covenants financiers sur les ratios de liquidité du studio, des restrictions sur les distributions aux actionnaires, des obligations de maintien de réserves de trésorerie et des droits de véto sur certaines décisions stratégiques majeures.

Un trustee indépendant pourrait être nommé pour représenter les intérêts des détenteurs d'instruments de dette, surveiller la conformité aux covenants et gérer les éventuelles procédures de défaut. Cette gouvernance externe renforcerait la confiance des investisseurs en dette.

Stratégies de sortie et remboursement

Les instruments asset-backed devraient définir clairement les cascades de distribution lors des événements de liquidité. Lorsqu'une venture est acquise ou introduite en bourse, les produits seraient distribués selon un ordre de priorité défini, remboursant d'abord la dette senior, puis la dette mezzanine, avant de bénéficier aux actionnaires.

Des mécanismes de refinancement périodique permettraient d'ajuster la structure de capital en fonction de l'évolution du portefeuille, remboursant les dettes adossées aux ventures sorties et levant de nouvelles facilités garanties par les nouvelles ventures créées.

Impact sur l'écosystème entrepreneurial

Démocratisation de l'accès à l'innovation

La structuration asset-backed des venture studios pourrait démocratiser l'accès à l'investissement dans l'innovation technologique. Des investisseurs disposant de capitaux plus modestes ou recherchant des profils risque-rendement spécifiques pourraient participer via les différentes tranches, contrairement au venture capital traditionnel généralement accessible uniquement aux investisseurs institutionnels et ultra-fortunés.

Cette ouverture élargirait la base d'investisseurs soutenant l'entrepreneuriat technologique, potentiellement augmentant le volume total de capital disponible pour financer l'innovation.

Professionnalisation des venture studios

L'adoption d'un modèle asset-backed forcerait une professionnalisation accrue des venture studios. Les exigences de reporting, de gouvernance et de gestion des risques imposées par les investisseurs en dette structurée élèveraient les standards opérationnels de l'industrie, éliminant progressivement les acteurs les moins rigoureux.

Cette maturation bénéficierait ultimement aux fondateurs collaborant avec les studios, qui bénéficieraient de partenaires plus disciplinés, transparents et financièrement solides.

Création d'un marché secondaire

Le développement d'instruments asset-backed standardisés pourrait catalyser l'émergence d'un marché secondaire pour ces instruments, créant une liquidité jusqu'alors inexistante. Des investisseurs pourraient acheter et vendre des participations dans des portefeuilles de venture studios, permettant des ajustements d'allocation plus dynamiques.

Cette liquidité accrue réduirait les primes de risque exigées par les investisseurs, diminuant ainsi le coût du capital pour les studios et, in fine, pour les ventures elles-mêmes.

Alignement des incitations

La structuration asset-backed crée des mécanismes d'alignement d'intérêts sophistiqués entre les différentes parties prenantes. Les détenteurs de dette senior privilégient la génération de cash-flows stables et la préservation du capital, encourageant le studio à se concentrer sur des ventures à modèles économiques éprouvés. Les actionnaires conservent l'intérêt pour les home runs et les valorisations exponentielles.

Cet équilibre pourrait conduire à des portefeuilles plus diversifiés combinant ventures à forte croissance et entreprises à cash-flow stable, optimisant le profil risque-rendement global.

Les modèles alternatifs et hybrides

Le modèle de fonds à paliers

Plutôt qu'une structure asset-backed pure, certains studios explorent un modèle de fonds à paliers où différents véhicules d'investissement interviennent séquentiellement. Un premier fonds seed finance les ventures en phase de création, un second fonds growth investit dans celles ayant démontré leur traction, et un troisième fonds, potentiellement structuré avec de la dette, finance l'expansion des ventures matures.

Cette approche séquentielle permet d'adapter le coût et la structure du capital au stade de développement, optimisant l'allocation des ressources.

L'approche plateforme avec services payants

Certains studios évoluent vers un modèle hybride où l'infrastructure est monétisée via des services payants aux ventures, générant des revenus récurrents indépendants des sorties en equity. Ces revenus opérationnels peuvent ensuite être utilisés comme collatéral pour lever de la dette à coût réduit.

Ce modèle crée une source de valorisation additionnelle pour le studio, moins dépendante des aléas des sorties entrepreneuriales.

Les partenariats corporates

Des partenariats avec de grandes corporations pourraient fournir des garanties implicites ou explicites renforçant la structure asset-backed. Une entreprise corporate s'engageant à acquérir les ventures du studio atteignant certains jalons technologiques crée un plancher de valorisation qui réduit le risque pour les investisseurs en dette.

Cette approche transforme le venture studio en véhicule d'innovation externalisée pour les corporations, avec une visibilité accrue sur les sorties futures.

Perspectives réglementaires et légales

Les enjeux de classification

La classification réglementaire d'un venture studio asset-backed soulève des questions complexes. S'agit-il d'un véhicule d'investissement régulé comme un fonds de capital-risque ? D'une société opérationnelle créant et gérant des filiales ? D'un émetteur d'instruments financiers structurés soumis à la réglementation des valeurs mobilières ?

Cette ambiguïté crée une incertitude juridique que les régulateurs devront clarifier à mesure que le modèle se développe. Des dialogues proactifs avec les autorités de régulation seront essentiels pour établir un cadre adapté qui protège les investisseurs sans étouffer l'innovation.

Les obligations de transparence

Les émetteurs d'instruments asset-backed font face à des obligations de transparence rigoureuses concernant la qualité des actifs sous-jacents, les performances du portefeuille et les méthodologies de valorisation. Pour les venture studios, ceci implique de divulguer des informations détaillées sur chaque venture, posant potentiellement des défis de confidentialité et de propriété intellectuelle.

L'équilibre entre transparence pour les investisseurs et protection des informations stratégiques sensibles nécessitera des approches créatives, possiblement incluant des reporting agrégés, des audits indépendants sous NDA et des systèmes de notation par des agences spécialisées.

Les risques de responsabilité

La structuration asset-backed pourrait créer de nouvelles responsabilités légales pour les studios. Si les valorisations communiquées s'avèrent significativement erronées ou si des informations matérielles sont omises, les studios pourraient faire face à des recours de la part des investisseurs lésés.

Cette exposition juridique accrue nécessitera des assurances spécialisées, des processus de diligence renforcés et des équipes légales sophistiquées, augmentant les coûts opérationnels mais renforçant également la qualité globale de la gouvernance.

Les indicateurs de succès et les métriques clés

Performance du portefeuille

Pour un venture studio asset-backed, les métriques traditionnelles du venture capital comme l'IRR ou le multiple TVPI doivent être complétées par des indicateurs spécifiques à la dette structurée.

Le taux de couverture du service de la dette mesure la capacité des cash-flows générés par le portefeuille à couvrir les paiements d'intérêts et de principal. Un ratio supérieur à 1,5x est généralement considéré comme sain, offrant une marge de sécurité confortable.

Le loan-to-value ratio compare la dette outstanding à la valorisation du portefeuille d'actifs. Des ratios conservateurs de 40% à 60% protègent les créanciers contre les baisses de valorisation.

La diversification du portefeuille mesurée par le nombre de ventures, leur distribution sectorielle et leur concentration géographique, impacte directement le profil de risque. Un portefeuille concentré sur quelques ventures augmente le risque de corrélation et de défaut.

Qualité de l'exécution opérationnelle

L'efficacité opérationnelle du studio elle-même devient une métrique critique. Le coût par venture créée, le time-to-product-market-fit moyen et le taux de survie à 3 ans reflètent la capacité du studio à exécuter son modèle de manière efficiente.

Ces métriques opérationnelles, généralement secondaires dans le venture capital traditionnel, deviennent primordiales dans un modèle asset-backed où la prévisibilité et la répétabilité des résultats sont essentielles pour maintenir la confiance des créanciers.

Stabilité financière

La gestion de la liquidité et la solidité financière du studio lui-même sont scrutées de près. Les ratios de liquidité, les réserves de trésorerie, la capacité à honorer les covenants et la soutenabilité de la structure de coûts fixes deviennent des préoccupations centrales.

Cette discipline financière, imposée par les exigences du financement structuré, contraste avec la tolérance historique du venture capital pour les pertes opérationnelles prolongées des gestionnaires de fonds.

Études de cas hypothétiques et scénarios

Le studio SaaS diversifié

Imaginons un venture studio spécialisé dans les entreprises SaaS B2B ayant créé quinze ventures au cours de cinq ans. Cinq sont sorties par acquisition, trois ont échoué, et sept sont actives générant collectivement 12 millions d'euros d'ARR avec une croissance de 40% annuelle.

Ce studio pourrait structurer un financement asset-backed de 30 millions d'euros, avec 20 millions en dette senior adossée spécifiquement aux sept ventures générant des revenus, et 10 millions en mezzanine avec des warrants offrant une participation aux sorties futures. Les 20 millions de dette senior, offrant un rendement de 9%, seraient remboursés prioritairement sur les revenus récurrents, tandis que la mezzanine à 15% participerait également aux gains en capital.

Cette structure permettrait au studio de financer le lancement de huit nouvelles ventures sans dilution equity significative, tout en offrant aux investisseurs en dette une exposition au secteur SaaS avec un profil risque-rendement attractif.

Le studio deeptech avec actifs intellectuels

Un studio axé sur les technologies de rupture dans la santé possède un portefeuille de brevets, de technologies propriétaires et de données cliniques valorisables. Bien que ses ventures ne génèrent pas encore de revenus significatifs, la propriété intellectuelle sous-jacente pourrait être valorisée à 50 millions d'euros par des experts indépendants.

Le studio pourrait lever 15 millions d'euros de dette adossée spécifiquement à ces actifs intellectuels, avec des covenants protégeant la propriété intellectuelle contre les aliénations non autorisées. Les fonds seraient utilisés pour accélérer les essais cliniques et les processus d'approbation réglementaire, événements qui multiplieront la valeur des actifs sous-jacents.

Ce scénario illustre comment des actifs non traditionnels peuvent servir de collatéral dans des structures créatives adaptées aux spécificités de chaque secteur.

Conclusion : Une évolution inévitable ou une expérimentation risquée ?

L'émergence des venture studios comme classe d'actifs distincte et leur potentielle structuration selon des modèles asset-backed représentent une évolution naturelle de l'écosystème entrepreneurial face aux limitations du venture capital traditionnel. La combinaison de portefeuilles d'actifs contrôlés, d'infrastructures opérationnelles valorisables et de revenus potentiellement récurrents crée les conditions théoriques pour des structures de financement alternatives.

Pourtant, les défis demeurent considérables. La volatilité intrinsèque des startups, la complexité de valorisation des actifs précoces, les corrélations entre ventures d'un même portefeuille et l'absence de cadres réglementaires établis posent des obstacles substantiels. Les pionniers de ce modèle devront naviguer ces défis avec sophistication, transparence et discipline.

Le succès de cette approche dépendra ultimement de la capacité des venture studios à démontrer des performances prévisibles et répétables. Seuls les studios ayant industrialisé leurs processus, développé des méthodologies rigoureuses de sélection et de construction de ventures, et maintenu des standards élevés de gouvernance pourront crédibiliser un modèle asset-backed auprès d'investisseurs institutionnels traditionnellement prudents.

L'avenir verra probablement une hybridation progressive plutôt qu'une adoption universelle. Certains studios adopteront des éléments de financement structuré pour des portions spécifiques de leur portefeuille, tandis que d'autres resteront fidèles au modèle equity pur. Cette diversité d'approches enrichira l'écosystème et permettra l'expérimentation nécessaire pour identifier les structures optimales.

Pour les investisseurs, l'émergence de cette nouvelle classe d'actifs offre des opportunités d'exposition à l'innovation entrepreneuriale avec des profils risque-rendement potentiellement plus adaptés à leurs mandats que le venture capital traditionnel. Pour les venture studios, elle ouvre l'accès à des sources de capital complémentaires permettant d'accélérer la création de valeur sans dilution excessive.

La question n'est donc pas tant de savoir si les venture studios deviendront une classe d'actifs structurés, mais plutôt à quelle vitesse cette transformation s'opèrera et quelles formes elle prendra. Les acteurs les plus innovants qui réussiront à concilier rigueur financière et agilité entrepreneuriale définiront les standards de cette nouvelle catégorie d'investissement, façonnant l'avenir du financement de l'innovation pour les décennies à venir.

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